Le mois national du travail social : Comment améliorer nos services en tant que travailleuses et travailleurs sociaux

Claire Bentley

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En 1969, le gouvernement libéral de Louis Robichaud a adopté la Loi sur les langues officielles, faisant du Nouveau-Brunswick la première province bilingue au Canada. En plus, elle reste aujourd’hui la seule province officiellement bilingue. Cette loi, qui reconnaît le français et l’anglais comme les deux langues officielles de la province, garantit aux citoyens le droit de recevoir des services gouvernementaux dans la langue officielle de leur choix. La loi garantit également aux communautés francophones et anglophones le droit d’avoir des institutions distinctes offrant des activités sociales, éducatives et culturelles.  

Mais en réalité, les services offerts à Saint-Jean répondent-ils vraiment aux besoins des francophones? Dans la province, les francophones sont doublement minoritaires à Saint-Jean, Fredericton et Miramichi. Ce statut minoritaire pose un problème pour la mise en place des services de santé et de bien-être parce que le développement de ces programmes n’est pas basé sur les besoins des communautés minoritaires, mais sur ceux de la population majoritaire. Mme Isabelle Violette, professeur de sociolinguistique à l’Université de Moncton, explique la frustration que cause le système actuel. 

 «Cette discordance n’est pas qu’un obstacle pratique : elle s’inscrit dans une dynamique plus large de minorisation linguistique, où les patients francophones doivent constamment s’ajuster, parfois au détriment de leur santé», explique-t-elle.  

En raison du système actuel, les services de santé et de bien-être «dédiés» aux francophones à Saint-Jean, Fredericton et Miramichi ne sont pas souvent utilisés par cette population parce qu’ils ne répondent pas à ses besoins. Ce manque de services linguistiquement compétents pose des difficultés de santé pour les francophones, car la santé est influencée par plusieurs facteurs, comme appartenir à une minorité linguistique. Les francophones sont donc confrontés à plusieurs difficultés, comme explique Mme Isabelle Violette : «Au-delà des difficultés de communication, la discordance linguistique provoque des effets émotifs, identitaires, mais aussi physiques.» 

Off Track Travel/https://offtracktravel.ca/acadians/

Comme c’est le mois national du travail social, réfléchissons à la manière dont nous pouvons améliorer les services aux francophones dans la province.  

Par exemple, il est important que les travailleurs sociaux soient au courant de l’histoire de la déportation des Acadiens. Entre 1755 et 1763, le gouvernement britannique a forcément déplacé environ 10000 Acadiens vers les États-Unis, la France, les Caraïbes et d’autres parties du monde. En 1764, lorsque les Acadiens avaient le droit de retourner au Canada, ils ont été attristés d’apprendre que leurs terres avaient été prises par les Anglais. Les Acadiens se sont alors installés dans plusieurs régions du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse, de l’Île-du-Prince-Édouard, du Québec et de Terre-Neuve-et-Labrador. Cependant, à cause de l’Empire britannique, même si les Acadiens étaient de retour au Canada, ils n’avaient aucun pouvoir. Il leur a donc fallu des siècles pour obtenir des droits visant à protéger la langue et la culture française. Les inégalités auxquelles ils étaient confrontés sont encore visibles aujourd’hui avec le manque de services de qualité pour les francophones.  

Réseau en immigration francophone du N.-B/https://rifnb.ca/

De plus, les services en français sont importants pour les immigrants francophones. En 2024, 2115 immigrants qui parlent français sont arrivés au Nouveau-Brunswick. Si les travailleurs sociaux veulent promouvoir la diversité culturelle et linguistique, nous devons être conscients des problèmes structurels liés aux services sociaux en français et nous devons nous mobiliser pour lutter contre ces inégalités. Ce point est particulièrement important, car, selon le code de déontologie de l’Association des travailleuses et des travailleurs sociaux du Nouveau-Brunswick (ATTSNB), nous sommes obligés de nous efforcer de prévenir et éliminer la domination, l’exploitation et la discrimination envers toute personne fondée sur les caractéristiques démographiques telles que la langue (ATTSNB, 2007). Nous sommes aussi obligés d’essayer de notre mieux de «dispenser les services ou veiller à ce qu’ils soient dispensés dans la langue choisie par le client» (ATTSNB, 2007, p.14). Il est donc de notre devoir de lutter contre les inégalités structurelles contre les francophones du Nouveau-Brunswick afin de garantir que les Acadiens et les immigrants français puissent recevoir des services compétents dans la langue officielle de leur choix 

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